5 – Route de la sculpture
La Route de la Sculpture Contemporaine
Un grand musée en pleine nature (Texte/plan AG. Tobé © 2007)
(Télécharger le dépliant en version légère : RSC leger )
Le Plateau d’Assy et la commune de Passy furent, pendant l’été 1973, le décor d’un dialogue monumental entre l’art et la montagne. S’appuyant sur les lieux et leur histoire, le poète Jean-Pierre LEMESLE fit sortir l’art des musées en illustrant, avec une vingtaine de sculpteurs contemporains les plus représentatifs des années 1970, un poème géant composé de mots-sculptures sur une feuille d’espace, « Sculptures en montagne – Poème dans l’espace ».
Il reste de cet événement les œuvres d’Albert FERAUD, Alexander CALDER, Charles SEMSER, Agostin CARDENAS et Joan GARDY ARTIGAS.
Depuis 1989, la ville a acquis d’autres sculptures, celles de Colette COSSIN, Raymond GOSSELIN, Lino BRUNELLI, ROMY, Yan DUPUY, André SANDEL et Gilles ROUSSI.
Disposées le long de la route qui relie la plaine au domaine de Plaine-Joux, ces sculptures forment un ensemble, la « Route de la sculpture contemporaine ».
UN PEU D’HISTOIRE
La route de la sculpture contemporaine a été inspirée par un événement artistique considérable accompagnant la première mutation du Plateau d’Assy : « Sculptures en montagne, poème dans l’espace (1973) ».
Invité sur le site, le poète Jean-Pierre Lemesle est bouleversé par les lieux et leur histoire. Il projette une nouvelle forme de poésie dans l’espace, un dialogue monumental entre l’art et la montagne, une installation artistique osée pour l’époque.
Des sculptures prendront la place des mots, la montagne celle du support.
Il s’agit également de sortir l’art des musées, de parler un langage universel à destination d’un large public.
Résolument séduite, la commission de reconversion va soutenir ce projet artistique et l’associer à ses propres travaux pour que la station conforte sa triple vocation en matière de santé, d’art et de tourisme.
Lemesle et son équipe vont obtenir le concours des artistes les plus représentatifs de la sculpture contemporaine en Europe, en Amérique et au Japon.
Quatre portes et une trentaine d’œuvres ponctueront ainsi quatre cheminements liant entre eux différents points de la station.
Cinq remarquables œuvres de Calder, Féraud, Cardenas, Gardy Artigas et Semser sont restées sur notre territoire comme de grands signaux de modernité.
Depuis 1989, au fil des ans, grâce à l’action conjointe de l’Art au pays du Mont-Blanc, de la Commune, de l’Office de tourisme et de décideurs territoriaux, les sculptures de Gosselin, Dupuy, Romy, Roussi, Brunelli et Sandel, sont venues peupler la route qui relie la plaine au domaine de Plaine-Joux, formant la « Route de la sculpture contemporaine ».
Une douzième œuvre, celle de Colette Cossin, a rejoint ce circuit.
LE POEME DE JEAN-PIERRE LEMESLE
APPRIVOISER L’ESPACE PAR QUATRE PORTES POUR QUATRE CHEMINEMENTS
il y avait eu les glaces, aux noms prétentieux du miroir qui n’en finissaient pas de multiplier les choses il y avait eu les cailloux mes frères les cailloux au ventre bourré de couleurs aux formes ambitieuses au bruit tragique des cailloux par milliers il y avait eu l’église et ses pierres précieuses il fallait donc partir de là puis oublier libres … apprivoiser l’espace enfin le vouloir supprimer les mots donner aux formes choisies leur distance créer cette confrontation inouïe entre elle montagne assise comme cela depuis toujours et nous les mutants qui venions d’assassiner son paysagiste…
LA PORTE DU SOLEIL – LE CHEMINEMENT DES CONQUERANTS
Je veux encore apprendre les cimes le soleil rouge dans sa boîte bleue les bêtes en transhumance la pierre meurtrière au repos je veux sous l’oeil pointu du Varan prisonnier de son triangle planter le métal et attendre ses moissons donc il existait quelque part autre chose une fête avec ses manèges, les manèges n’avaient-ils pas été inventés pour rire … pour rire … pour rire …
LA PORTE DE L’ESPACE – LE CHEMINEMENT DES MANEGES
ville avec tes gens heureux tes abcès en fer tes gens de la ville tous puissants aux fêtes écarlates aux tramways déserts je veux encore apprendre le paysage qui t’a préservée alors laissez un instant mes complices vous crever un oeil pour rire pour rire et mieux regarder dans la lunette des fous alors quand on a su qu’un homme une clé dans le dos s’était échappé d’une baraque foraine on a cru à la nouvelle…
LA PORTE BLEUE – LE CHEMINEMENT DES SIGNAUX
des signaux, les oiseaux empaillés, la lettre B qui crève dans l’alphabet un motocycliste égaré, le regard simple du pendu un cri un second qui lui répond un jour qui dit il y aura exagérément de bleu dû au déséquilibre des forces au passage de l’oiseau éclair l’acier dans ses moindres défauts ne retiendra que des lacs d’azur
LA PORTE D’EAU – LE CHEMINEMENT DES FORMES EN FEMMES
toutes les formes pour toi tu entends à la couleur unique et brutale même si tu dois être pluriel se prendre puis se perdre rappelle-le toi l’eau dangereuse maintenue par son barrage l’envol de l’oiseau jusqu’à une certaine église déjà peuplée…
LE PLAN
LA DESCRIPTION
1/ DANS UN ESPACE DE PAIX, COLETTE COSSIN (2010)
L’œuvre de bois et d’inox, s’intitulée « Dans un espace de paix », titre justifié lorsque l’on suit la démarche de cette artiste qui a su s’impliquer avec les enfants, les personnes handicapées ou en difficulté, œuvre dont l’empreinte spatiale porte cette notion de partage. Colette Cossin qui vit en Haute-Savoie maîtrise parfaitement les matériaux les plus divers qu’elle exploite dans ses créations. L’oeuvre cotoie « l’Espace des Fiz », dédié aux fêtes et aux spectacles passerands, bâti par le cabinet d’architecture Beckmann N’Thépé.
2/ 3000° CELSIUS, RAYMOND GOSSELIN (1989)
3000° Celsius est la température de fusion de la magnésie que produisait l’usine électrochimique de Chedde. L’œuvre, dédiée aux personnels de l’entreprise, représente un grand four de cuisson. Au centre une couronne mobile de neuf électrodes en graphite, matériau également fabriqué à Chedde, surplombe une vasque en acier remplie de cristaux de magnésie. Tout autour un réseau porteur de fils d’acier inox et trois jambages en duralinox dont les laques bleu, blanc et rouge font allusion au bicentenaire de la « Révolution française » et à la date d’inauguration de cette œuvre. Qu’elles soient animées par le souffle de l’air ou manipulées par l’homme, les sculptures de Gosselin (1924) sont toujours une quête entre rêve, plaisir et technologie.
3/ LA PORTE DU TEMPS, LINO BRUNELLI (2007)
Du lever du jour au soleil couchant, du couchant au levant, le temps s’écoule, imperturbablement. Le levant est représenté par un disque doré et cuivré, le couchant, par un croissant grillagé où s’étagent des verres colorés de Murano. Au centre, l’autre croissant d’acier blanc représente la lune. L’œuvre est portée par cinq tiges fichées dans un socle de béton recouvert par quelques galets de l’Arve. Fidèle des biennales de sculptures de Passy, BRUNELLI (1931) vit près de Milan, en Italie. Peintre et sculpteur, il a également beaucoup travaillé pour le théâtre en réalisant notamment des costumes et des décors.
4/ LA PORTE DU SOLEIL, ALBERT FERAUD (1973)
En 1973, la Porte du Soleil, ouvrait le « Cheminement des Conquérants ». Structuré autour de mats tubulaires verticaux, ce haut brasier de formes cosmiques découpées dans des feuilles d’acier inoxydable et liées par le feu, étincelle du levant au couchant sous l’action des rayons solaires. Premier grand prix de Rome en 1951 et membre de l’Institut, FERAUD (1921-2007) est passé maître dans l’art de donner vie et poésie aux matériaux de l’ère industrielle.
5/ SUN AND MOUTAINS, ALEXANDER CALDER (1973)
En 1973, « Sun and mountains », ouvrait le « Cheminement des Manèges ». Ce stabile monumental est en tôles d’acier rivetées et peintes. Il est composé de deux plans d’arabesques qui dessinent dans l’espace les crêtes environnantes et se croisent en un point d’équilibre qui a le soleil pour centre. L’Américain CALDER (1898-1976), passionné par l’équilibre des tensions et les matériaux industriels, s’inspire ici des formes simples de la nature. Il est l’inventeur de la sculpture en mouvement (mobiles).
6/ MATERIALITE DU VIDE, ROMY (1999)
Passionné par la symbolique du vide, l’artiste dresse ses monolithes de granite, mémoire de la terre, dont il souligne la verticalité par des rayures concises ou des bandes finement cannelées et rompt la continuité par des évidements, liant ainsi la matérialité au néant, le fini à l’infini. Citoyen du monde de par ses origines et ses voyages, alternativement formé à la taille des gemmes et à la culture extrême-orientale, ROMY (1951) vit et travaille à Genève.
7/ LUMINESCENCE 2001, YAN DUPUY (1993)
Cette pyramide de lumière, montée sur quatre pieds triangulaires qui soutiennent des aiguilles irisées, se compose de plaques d’une matière acrylique translucide comme le verre et solide comme l’acier : le Lexan (Polycarbonate). DUPUY (1950), orfèvre de formation, assemble ici un matériau très connu dans le domaine de l’industrie, de l’architecture et des transports pour ses propriétés de résistance, de légèreté et de transparence.
8/ NEE DE LA MONTAGNE, ANDRE SANDEL (2007)
Epris de l’univers féminin, SANDEL (1950) sculpte toutes sortes de matériaux en taille directe. Il caricature l’expression de ses semblables avec une grande aisance et travaille également pour les monuments historiques. C’est à l’occasion de la 1ère fête du bois de Passy qu’il a réalisé sur place cette sculpture, pour le plus grand plaisir des habitants et des visiteurs. Tendue comme un arc, l’œuvre s’élève au-dessus de montagnes dont les masses sont adoucies par les courbes de la base. Sa belle couleur rouge caractérise le bois dont elle est issue, le séquoia. Roi des arbres, le séquoia était vénéré par les amérindiens. Son nom vient d’ailleurs de celui d’un chef indien qui a inventé l’alphabet cherokee. Introduit en Europe au XIXe siècle ce « redwood » est un précieux allié des menuisiers.
9/ LA GRANDE ECHELLE, CHARLES SEMSER (1973-2011)
En 1973, la Grande Echelle appartenait au « Cheminement des Manèges ». Cette grande sculpture en ciment armé teinté dans la masse est une satire du désir de puissance des sociétés dites avancées sur les sociétés dites primitives. La structure principale, composée d’un grand couple formant le A de Afrique, est assaillie par une multitude de petits personnages dont la fonction et l’équilibre précaire symbolisent différentes caractéristiques humaines et leurs travers sociaux. La Grande Echelle est un dépôt d’Etat.
10/ PLAIDOYER POUR LES DROITS DE L’HOMME, GILLES ROUSSI (2000)
Cette haute tour à base carrée est en tôles d’acier inox. L’intégralité du texte de la « Déclaration des droits de l’Homme » est gravée sur ses quatre faces (LESHOMMESNAISSENTETDEMEURENTLIBRESETEGAUX..). Son sommet dessine un chaos qui traduit, à l’aide de la série trigonométrique du mathématicien Joseph Fourier, les « accidents » de l’histoire de France. Sa base, fichée dans un socle de béton, image par son relief les événements tragiques de notre monde depuis la Révolution française. Par cette œuvre, ROUSSI (1947) met en jeu les valeurs humaines, les matériaux modernes, les mathématiques et la technologie de pointe.
11/ LA PORTE D’EAU, AGOSTIN CARDENAS (1973)
En 1973, la Porte d’Eau ouvrait le « Cheminement des Formes en Femmes ». Ce grand couple totémique anthropomorphe en bois d’Iroko, ou teck africain, ouvre sur notre forêt de résineux et de feuillus un espace qui célèbre les principales sources de vie, l’eau et la femme. Le Cubain CARDENAS (1927 – 2001) élabore un langage formel personnel où se distinguent la simplification des volumes, l’influence du surréalisme et celui de l’art africain.
12/ LA PORTE BLEUE, JOAN GARDY ARTIGAS (1973)
La Porte Bleue ouvrait le « Cheminement des Signaux ». Conque de bronze doré montée sur deux galets de béton noircis, la Porte Bleue lance un cri dans l’espace: « un jour qui dit, il y aura exagérément de bleu dû au déséquilibre des forces ; au passage de l’oiseau éclair, l’acier dans ses moindres défauts ne retiendra que des lacs d’azur ». Formé à l’Ecole du Louvre, animateur de « Sculptures en montagne », l’Espagnol GARDY ARTIGAS (1938) vit et travaille à Barcelone (Espagne).
Pour connaître l’historique de » Sculptures en montagne – Poème dans l’espace » : CREHA B3 1999 SEM ©
Consulter également le projet de l’anniversaire projeté en 2013 en page d’accueil.













